Et si votre prochaine slush goûtait le thé du Labrador plutôt que la framboise bleue? C’est le pari de Simon Landry-Asselin, qui s’est donné pour mission de «boréaliser» des produits du quotidien. La forêt boréale cache une foule de délicieux secrets. De la comptonie voyageuse au thé des bois, en passant par le myrique baumier ou le poivre des dunes, le territoire est une vaste réserve d’épices et de saveurs, pour ceux qui osent s’y plonger, comme Simon Landry-Asselin.
«Ma mission de vie, c’est de démocratiser l’utilisation des plantes boréales dans la cuisine journalière», établit l’entrepreneur derrière Kabir Kouba Inspiration, en entrevue au Soleil.
Fort d’une expérience en cuisine, celui qui travaille également à titre de chef à la station Uapishka, sur la Côte-Nord, mise sur la fabrication d’huiles, de sirops et d’épices pour faire voyager les saveurs du Québec.

«Le sapin, le myrique baumier, le poivre des dunes, ça a autant de valeur que le laurier, le romarin, le thym», tranche-t-il. Pourtant, les plantes boréales restent encore méconnues, d’où l’importance, selon lui, de proposer «des produits prêts à l’emploi», «à incorporer dans la vie de tous les jours».
Des huiles aromatisées, sa volonté de «boréaliser» des produits du quotidien s’est rapidement transposée aux cocktails, aux limonades, aux thés, puis à la slush, par le biais de sirops faits à base d’huiles essentielles. Devant l’engouement de l’équipe du comptoir Le Tsehk, à Wendake, Simon Landry-Asselin s’est donc lancé dans la production de barbotines, au début de l’été.
«Je voulais faire un Starbuck autochtone boréal, compare-t-il. C’était mon rêve.»
Face aux géants de l’industrie, qui proposent des saveurs tout sauf boréales, l’entrepreneur innu mise notamment sur les petits fruits, le thé des bois, le thé du Labrador et le myrique baumier pour rafraîchir ses clients.
Sans compter les quelque 45 points de vente qui tiennent ses produits à travers la province, trois comptoirs de la région ont déjà opté pour la slush boréale, félicite l’entrepreneur. «Il y a un marché extraordinaire pour le boréal.»
Un «projet de pandémie»
Maintenant aux commandes d’une entreprise en expansion, Simon Landry-Asselin ne se destinait toutefois pas à l’entrepreneuriat. Mais, comme beaucoup de ses pairs, la pandémie de COVID-19 et les confinements qui ont suivi l’ont incité à faire le saut et à se lancer à son compte.
«C’est mon projet pandémie», note celui qui était alors «à l’université à temps plein, avec deux enfants et sur l’aide alimentaire».
«J’ai fait 25 bouteilles d’huile épicée et je les ai toutes vendues sur Bonjour Wendake [le groupe Facebook de la communauté] en une heure. Ça a arrondi ma fin de mois et j’ai tout de suite vu le potentiel. Le lendemain, j’en ai refait le double.»
Dans les années qui ont suivi, le jeune père de famille, convaincu et passionné, a réinvesti toutes ses économies dans l’entreprise. «Chaque piasse que j’avais, je l’ai mis dans l’entreprise. J’ai investi tout ce que j’avais là-dedans. C’est un projet extraordinaire, mais j’ai mangé mes bas.»
«Tout reste à faire»
Depuis, les choses se sont placées et les affaires vont bien pour Simon Landry-Asselin, qui peut compter sur une poignée d’employés et un local de 700 pieds carrés pour optimiser sa production.
À court terme, l’entrepreneur cherche toutefois à mettre la main sur le financement nécessaire pour assurer l’installation d’une «ligne de production» qui lui permettrait d’accroître et de standardiser sa production, qu’il qualifie «d’artisanale».
«Je suis un rêveur. Je fais de beaux produits, mais j’apprends sur le tas comme entrepreneur», plaisante le jeune chef d’entreprise.
Il mise également sur la parution d’un livre de recettes et le déploiement d’une «unité culinaire boréale mobile», dès le printemps prochain, pour faire connaître encore davantage son offre de produits. «Dans le boréal, tout reste à faire», conclut-il.














